jeudi 26 février 2009
The right experience
Un nez doucement chocolaté, avec de la prune, légère, et un peu de cassis. Quelques épices aussi, mais légères. Muscade, cannelle?
En bouche, du velours. Un coulis de tendresse. Quelques fruits rouges et noirs, la cerise peut etre. Un peu de thym ou de romarin. Quelque chose d'une grande finesse en tous cas, qui apaise. Une pointe d'eucalyptus aussi, comme dans cette huile relaxante. Un peu de pin ou de cèdre. Une forêt ensoleillée par un beau jour de printemps. Ou une soirée romantique au coin d'un feu.
Cela s'appelle Château Gigognan, le Clos du roi et dans mon verre, c'est un 2005. Je l'ai bu à ta santé, en attendant des mots qui ne sont pas venus, et il m'a consolée...
dimanche 7 décembre 2008
"Melanosporum"
Départ en fin d'après midi en 4x4 sur un chemin abrupt parcourant le massif de la Clape, un promontoire rocheux du côté de Narbonne, mais pour les détails géologiques, il faut voir la grenouille. Le ton est donné: on nous explique que l'endroit est secret et qu'il est exceptionnel qu'on nous y emmène. Que toute personne étrangère au service qui serait aperçue empruntant ce chemin serait sans doute assez vite interrogée sur ses intentions.
Le chemin en question ne mène pas à une mine d'or mais encore mieux: une truffière. Autrement dit, une plantation de chênes truffiers.
Là, un grand spécialiste de la petite chose noire, Mr Philippe Barrière commence à nous expliquer les tours et détours de ce met de luxe... qui ne le fut pas toujours. A l'époque médiévale, les paysans qui devaient donner à leur seigneur la totalité de leur récolte devaient creuser la terre et se nourrir de ces drôles de tubercules!
Trois méthodes pour les trouver, nichées sous terre... le cochon tout d'abord, car les arômes princiers de la truffe lui rappellent ceux de sa truie bien aimée. La mouche ensuite. Une espèce de mouche bien particulière qui a besoin du mycélium de la truffe pour se reproduire. Là où elle se pose: creusez! Le chien enfin avec son nez, 400 fois plus développé que le notre. Pas d'erreur, sitôt lachée la bête renifle, court, renifle, creuse... et goberait bien la truffe si son maître ne lui confisquait pas aussitôt contre récompense. L'exercice est captivant. L'odeur de la terre aussi. Le tout vient avec une série d'explications sur le milieu naturel dans lequel évolue l'or noir. Un milieu encore peuplé de mystère. Personne ne sait comment se reproduit la truffe, si ce n'est qu'elle naît du mycélium, un long filament... on la trouve presque toujours au Nord Ouest du chêne truffier, là où l'arbre fait son ombre. Le sol y est dégagé: quand le mycélium s'installe il tue tous les autres végétaux créant un "brulé" sorte de croissant où les chiens viendront poser leurs truffes à eux.
Après la séance nous regagnons le domaine, les poches gonflées de presque 400g de récolte. Une récolte presque miraculeuse tant la présence de la truffe est aléatoire... 
Voici venue l'heure de la préparation: brossage soigneux puis découpage en fines lamelles à l'aide d'une mandoline... et là le meilleur arrive: la dégustation! Beurre truffé d'abord, préparé quelques heures auparavant, accompagné du vin rouge du domaine de Villemajou, en Corbières, un millésime 98, rien que ça!
Puis truffe nature: juste une lamelle que l'on laisse contre le palais pour sentir toute l'élégance des arômes du champignon...
Enfin, petit toast, lamelle de truffe, grains de sel, et filet d'huile d'olive. Avec un peu de Villemajou blanc. Tout cela est d'une grande simplicité et tout simplement délicieux. Les arômes floraux du blanc s'accordent à la finesse de la truffe.
Dans une heure et demi, nous allons dîner, et goûter la truffe sous tous ses états...
mercredi 19 novembre 2008
Un lundi de gala
La soirée commence par une dégustation d'une petite dizaine de côtes du Rhône différents, nous arrivons un peu tard pour profiter de tous. L'homme de l'art commente, mais très vite, je trouve son commentaire d'une très grande froideur. Les explications sont très précises, les mots parfaitement choisis pour décrire les nuances, très pointus, mais il manque un supplément d'âme à cette démonstration "trop" professionnelle.
Le début du repas est marqué par l'incompétence de l'équipe de salle. impossible d'avoir tous les bons vins dans tous les bons verres, ni de profiter des plateaux de zakouskis qui circulent... heureusement, le contenu de l'assiette relève le défi.
Les accords mets et vins ne sont pas toujours heureux, d'ailleurs, et notre first sommelier s'en tire par des galippettes verbales, jusqu'au dessert ou il critique ouvertement le choix de l'accord... soulagement dans la salle qui commençait à douter de l'intégrité du bonhomme!
Autre enseignement de la soirée, il semble que le sujet vin/femme soit définitivement d'actualité. Nous étions une dizaine de demoiselles ou dames présentes pour 100 convives au total. Moyenne d'âge plutôt élevée. Pas un de ces monsieurs du "milieu" n'a en tous cas imaginé que je pouvais être celle qui travaillait comme eux, fonçant sr la grenouille pour les questions techniques...
Wine women awards, on a du boulot!
mardi 21 octobre 2008
Back to the roots
Enfin des voyages en avion. Enfin une valise à faire. Enfin des vignes.
Rien que pour ça, j’ai bien fait de changer de boulot. J’ai sans doute fait tous mes voyages de l’année dans la même semaine, mais ça valait le coup.
Commençons par le moins bien. Donc, commençons, une fois n’est pas coutume, par la fin. Pauillac. Réunion marketing chez la baronne et visite du mouton aux frais de la princesse. Dans le principe j’étais ravie. Evidemment effrayée par la réunion du matin, car on ne change pas une équipe –stressée- qui gagne, mais plutôt contente d’aller découvrir les secrets d’un autre grand cru médocain. Et bien point de secrets, point de surprise, point de magnificence. A commencer par le château, caché derrière de hautes palissades… je comprends que la baronne veuille son intimité, mais mon esprit de princesse Walt Disney en a pris un sacré coup.
Le cuvier n’avait rien d’impressionnant non plus, même en pleins remontages… plutôt la frustration de ne pouvoir approcher de plus près ! Ce fut ensuite la descente, non pas aux enfers, mais dans les profondeurs des caves du Mouton, qui fleurent bon le salpêtre et sont plongées dans le noir. On devine derrière de hautes grilles les caves privées de la baronnie, bien fournies , une collection sans doute unique au monde… mais qu’on ne peut que deviner, malheureusement. Idem pour les « archives » de Mouton Rothschild, 12 bouteilles de chaque millésime précieusement gardées ensemble pour la mémoire…dans l’obscurité itou ! On arrive au chai de première année, réputé comme LE chai. Il fut sans doute l’un des premiers à mesurer cette taille là, il est vrai… mais a désormais été rattrapé et dépassé. Il est effectivement grand, imposant, rutilant, surtout avec ses barriques neuves qui n’attendent plus que les prémices du millésime 2008.
Le musée de « l’art dans le vin » présente aussi une jolie collection, je ne suis pas assez connaisseuse en art pour l’apprécier pleinement sans doute, mais j’ai trouvé que la présentation manquait d’interactivité et de modernité. Très peu, trop peu d’explications pour une béotienne comme moi…
Arrive ensuite, et enfin, le moment de la dégustation. Rhaaaaaa ! enfer et damnation ! on nous a seulement réservé du millésime 2007, prélevé sur fût, tout neuf et rutilant… mais encore dépourvu de charme. On sent certes de l’étoffe, de la matière… mais on sent aussi beaucoup les fûts de chêne neufs et rutilants…difficile donc de se faire une idée de ce qu’est un mouton un peu plus mûr.
Je n’ai quand même pas tout détesté. Mouton Rothschild garde au moins le charme de ses étiquettes, changeantes à chaque millésime et à chaque fois réinventées par les plus célèbres : Picasso, Miro, Kandinsky, Keith Harring…Ca fait quand même une sacré brochette, pour un méchoui !
(suite au prochain épisode)
mardi 7 octobre 2008
Oh la belle (sur) prise!
Peu importe c'est l'heure de passer à table dans le somptueux hall de marbre.
Détour par les toilettes où j'ai le même réflexe que le japonais qui entre derrière moi: petit temps d'arrêt et "waow!". Que voulez vous, je suis jeune et impressionable et je vous garantis qu'ils n'ont pas lésiné sur le décor...
Menu autour des classiques gastronomiques belges et internationaux: huîtres, foie gras, croquettes, carpaccio et américain...
Nous entamons par 9 jolies huîtres, normandes paraît il. Un verre de sauvignon, une coupe de champagne. Le sauvignon s'avère léger, à peine assez sec, tandis que la minéralité du champagne épouse parfaitement ce hors d'oeuvre.
Pour moi, ce sera ensuite émincé de boeuf charolais, avec une délicate sauce parfumé aux éclats de café et accompagné d'un fromage belge tout à fait exquis qui rappelle le parmesan, et dont je n'ai même pas réussi à retenir le nom. Nous blâmerons le champagne. Un des meileurs carpaccios que j'ai dégusté. Le meilleur sans doute. Le moelleux du boeuf, la chaleur de l'huile avec le léger croustillant des éclats de café. leur note torréfiée répond à la force des copeaux de fromage. Belle harmonie embellie d'un Rully tout à fait remarquable. Joseph Drouhin, je crois.
Ceci sera suivi de coucou de Malines (Et oui depuis que je sais ce que c'est, je fais ma ... maligne!), cuit au four sur lit de pain d'épices, accompagné de petits légumes frais et croquants et de quelques chips. Ces dernières sont sans doute l'élément le moins réussi. La sauce est sucrée et légèrement épicée, et donc parfaitement mise en valeur par un verre de ... Sauternes.
Le naturel revenant toujours au galop, devant la carte des desserts, je me précipite vers la trilogie de mousses aux chocolats. Sans doute le plus décevant car sans réelle surprise. Peu importe, puisque la surprise est ailleurs, dans ce gigantesque bouquet de fleurs que m'apporte la chef de salle au même moment...je n'arrive ni à me cacher sous la table ni à exprimer l'effet que ça peut me faire..
Au cas où je ne l'aurais pas suffisamment répété: la grenouille, tu m'as scotchée...